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 Opisthotonos

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Rekkared
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MessageSujet: Opisthotonos   Sam 6 Juin - 19:31

[Saint-Paul de Fenouillet, 1er jour]

Rekkared achevait un voyage à travers les terres du Languedoc et retournait en Fenouillèdes à son ermitage de Saint-Antoine de Galamus. Il empruntait les mêmes chemins depuis des lustres, parfois largement dégagés en plaines, parfois broussailleux en montagne. Là, sur un sentier de montagne, une épine de ronce vint se ficher plus profondément que d'habitude sous sa bure, dans sa cheville nue, jusqu'au sang [1]. Rien en apparence de bien grave.

Quatre jours après
[2], arrivé à Saint-Paul de Fenouillet, Rekkared signifia son retour au clerc qui était chargé de pourvoir aux besoins en vivre de l'ermitage. Là, il lui conta ses anecdotes habituelles. Le clerc remarqua que Rekkared se touchait souvent la nuque. Et il lui posa la question :

« Messire Rekkared, vous auriez-vous fait mal au cou ? Je vous vois le toucher à plusieurs reprises ? »

Et Rekkared de répondre :

« Ce n'est rien Causit, sûrement des coubatures dues au voyage. »


[Saint-Antoine de Galamus, 2e jour]

Le lendemain, lorsque le clerc vint apporter des victuailles à l'anachorète dans son ermitage, ce premier lui demanda des nouvelles :

« Alors, comment va votre cou aujourd'hui ? »

Rekkared répondit :

« Je pensais qu'une bonne nuit de sommeil aurait remédié à cette roideur au cou, mais au contraire, les mouvements de ma tête sont plus difficiles et douloureux ! Je pense que cela doit être dû à une mauvaise position prise pendant la nuit. »


[Saint-Antoine de Galamus, 3e jour]

Mais le surlendemain, lors de la visite quotidienne du clerc à l'ermitage, Rekkared lui fit part de son inquiétude :

« Causit, cette nuit, j'ai senti un mal-aise à la base de la langue qui se manifeste ce matin par une difficulté à avaler. »

Et Causit, inquiet de la santé de l'anachorète, demanda :

« Voulez-vous que je fasse venir quelques médecins réputés ? »

Et Rekkared de rétorquer :

« Oui, s'il vous sied. »

Le clerc prit en dictée la lettre suivante :

Citation :
Nous, Causit Astruc, humble clerc au service de l'anachorète Rekkared,

au nom de Rekkared de Síarr, Maître de la Librairie du Roy et humble rendu,

à vous, éminents médecins de l'université de Montpellier,

salut.

Que sur sa sollicitation, nous venons auprès de vous vous signifier le progressif état de souffrance de messire Rekkared qui le rend incapable de remplir les charges qu'il remplissait, à savoir, celle de Maître de la librairie du Roy et celle autre d'archiviste.

Qu'il se plaignait au début de raideurs à la nuque et maintenant de difficulté à déglutir.

Que nous sommes inquiets pour sa santé et demandons à ce qu'un médecin puisse venir au plus tôt le visiter.

Pour que la sincérité de notre sollicitation obtienne une vigueur plus ferme, nous avons décidé de la confirmer par notre main et de la signer de notre seing.

Rekkared de Síarr, humble rendu, a dicté et signé,
Causit Astruc, humble clerc dévoué à son maître, a écrit,

Date en l'enceinte de l'ermitage de Saint-Antoine de Galamaus, le jeudi VIe jour de juin de l'an MCDLVII [samedi 6 juin 2009].

Puisse Dieu le secourir en attendant.

Seing de Rekkared.

La missive fut envoyée par pigeon.
_________________
[1] La maladie peut se généraliser si la toxine incriminée pénètre jusqu'au sang.
[2] Le temps d'incubation du bacille incriminé à la suite d'une plaie est en moyenne de 7 jours, mais dans 15% des cas dans les 3 jours qui suivent la blessure.
_________________
[hrp]Saint-Paul de Fenouillet est à 6 jours de marche de Montpellier. Au mieux, le médecin pourra être présent dans 3 jours IRL s'il vient à cheval.[/hrp]
_________________
Sources :
- Alexis Boyer, Baron Boyer, Traité des maladies chirurgicales qui se rencontrent le plus fréquemment dans la pratique usuelle, 1836, p. 218 (par book.google) ;
- http://www.vulgaris-medical.com/encyclopedie.


Dernière édition par Rekkared le Dim 23 Aoû - 18:42, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Opisthotonos   Dim 7 Juin - 11:46

[Saint-Antoine de Galamus, 4e jour]

Le vendredi [dimanche 7 juin 2009], le clerc monta chargé de vivre jusqu'à l'ermitage pour s'enquérir de l'évolution du mal dont souffrait Rekkared :

« Alors, comment cela a-t-il évolué aujourd'hui ? »

Et Rekkared de dire :

« Et bien... [déglutition difficile]... pire ! Parfois je n'arrive même plus à déglutir du tout ! Et maintenant... [les muscles de la mâchoire inférieure furent affectés d'une soudaine rigidité spasmodique]... la mâchoire se crispe sans que je puisse l'ouvrir... [déglutition impossible]. »

Causit vit rekkared tenter de déglutir, mais n'y arrivant pas, Rekkared entrouvrit la bouche pour laisser couler un filet de bave... Causit, ayant pitié du vieil homme, proposa :

« Préférez-vous que je reste avec vous ? Je peux aller quérir la rebouteuse du village sinon ? »

Rekkared, tournant tout son corps vers Causit du fait de la grande rigidité de son cou, après un nouveau spasme de la mâchoire, approuva :

« Oui, allez... [déglutition difficile] quérir la rebouteuse ! »

Quelques heures plus tard, le clerc revint accompagné de la rebouteuse du village. Elle vit l'état dans lequel était Rekkared, interpréta les symptômes à la lumière de ses connaissances. Elle procéda à des massages du cou puis protégea celui-ci avec un linge pour le maintenir au chaud [1]. Et elle constata :

« Gardez c'linge autour d'vot' cou et masser le d'temps en temps. Ben, c'est tout c'que peut faire, mon brav'homme ! »

Et elle repartit aussitôt, ayant bien des choses à faire au village.
Le clerc, lui, resta jusqu'à ce que Rekkared lui dise de rentrer au village.

_________________
[1] Celse (30 av notre ère - 40 ap. notre ère), dans son Traité De Arte Medica, préconise aussi entre autres massages et couvertures bien chaudes contre cette maladie.
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MessageSujet: Re: Opisthotonos   Dim 7 Juin - 13:49

[Saint-Antoine de Galamus, 5e jour]

Le samedi [lundi 8 juin 2009], le clerc arriva de bonne heure à l'ermitage de Rekkared avec un panier de vivre. Mais c'est Rekkared qui parla le premier :

« Alors, ce matin, quelles nouvelles du village ? »

Et Causit de répondre :

« Et bien vous semblez aller un peu mieux ce matin ! Les remèdes de bonnes femmes y sont peut-être pour quelque chose ? »

Rekkared de douter :

« Peut-être, en tous cas, je déglutis mieux qu'hier. [1] »

Causit interrogea Rekkared :

« Et vos douleurs au cou ? »

Rekkared prit un visage fermé :

« A vrai dire... »

Là, Rekkared, peinant à déglutir, se tient subitement la poitrine puis le dos. Son cou est alors parcouru de spasmes très violents qui portent sa tête en arrière. Causit se précipite auprès du malade pour le soutenir et lui demander, inquiet :

« Ca va !!!? »

Après une bonne minute ainsi passée, Rekkared put répondre :

« Ca y est, c'est fini. La difficulté de déglutir s'accompagne maintenant d'une douleur violente dans la poitrine qui s'étend au dos et remonte jusqu'au cou. Le cou est alors parcouru de secousses qui obligent ma tête à se porter en arrière ! Et ces douleurs recommencent souvent. »

Tous les quarts d'heure environ, Rekkared était dans cet état-là...
Comme la veille, le clerc resta au chevet de Rekkared jusqu'à ce que le crépuscule l'oblige à rentrer au village.

_________________
[1] Si la maladie est portée promptement à un haut degré d'intensité, elle fait périr ordinairement avant le quatrième jour. Cependant, cette maladie continue à être dangereuse au delà du quatrième jour, quoique sa violence soit ordinairement moindre, elle est sujette à se renouveler avec autant de force et de danger qu'auparavant [Alexis Boyer, Baron Boyer, Traité des maladies chirurgicales qui se rencontrent le plus fréquemment dans la pratique usuelle, 1836, p. 220 (par book.google)].
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MessageSujet: Re: Opisthotonos   Mar 9 Juin - 10:18

[Saint-Antoine de Galamus, 6e jour]

Le dimanche [mardi 9 juin 2009], comme désormais à l'accoutumé, le clerc frappa à la porte de l'ermitage bien avant tierce [9h du matin] et entendit soudainement crier :

« AaaAAAaaaaaaahhh !!! »

Et Causit prit l'initiative d'ouvrir la porte de l'ermitage et vit Rekkared étendu sur son lit, la tête et le dos courbé en arrière, le visage crispé. Puis, au bout de quelques temps [une ou deux minutes], tout le corps se relâcha et Rekkared émit un long soupir de soulagement. Causit, croyant que son maître avait rendu son dernier soupir, se précipita vers le lit. Mais Rekkared parla alors :

« Causit, mon état est loin de s'améliorer... [déglutit difficilement]. Je crains que le médecin ne vienne trop tard. »

Soudain le cri d'un oiseau vint de derrière la porte :

« Croa croa ! »

L'effrayant croassement d'un corbeau qui prévenait de lui laisser la place. De cet oiseau, le cri sinistre est le chant de la mort en marche. Rekkared se redressa sur son lit, transit de peur :

« Causit, avez-vous entendu cet oiseau ! Il crie du latin "cras cras !", "demain, demain !" si ce n'est du vernaculaire, "crois ! crois !" ! Demain je rendrai l'âme et je suis mécréant ! [déglutition difficile] Faites venir le notaire et le curé de Saint-Paul de Fenouillet, que je puisse établir mon testament et faire confesse dès aujourd'hui ! »

Causit, atterrer :

« Voyons, maître, vous perdez la raison, ce n'est un vulgaire corbeau, rien de plus ! Et ceci n'est que superstition ! »

Causit, alla taper dans la porte, ce qui fit partir l'oiseau. Puis il prit un linge essuya le front de Rekkared humide de sueur. Il se résolut enfin à obtempérer aux paroles de Rekkared :

« Je vais chercher ces deux personnes, si cela peut vous rassurer. »

Et le clerc de repartir plus vite qu'il n'était venu. Au bout de quelques heures, de longues heures de souffrances pour Rekkared soumit à ces violentes convulsions, non plus tous les quarts d'heure, mais toutes les dix minutes, Causit revenait avec le notaire et le curé du village. Ce dernier s'assit au chevet de Rekkared et lui demanda :

« Causit m'a dit que vous étiez souffrant, et je le vois bien. Savez-vous de quel mal vous souffrez ? »

Rekkared répondit :

« Je l'ignore [déglutition difficile]. Tout à l'heure encore, une douleur me prenait dans la poitrine, s'étendant au dos et remontant jusqu'au cou. De là, mon cou fut secoué de violents spasmes, obligeant ma tête puis mon dos à se courber en arrière. [déglutition difficile] Dans le même temps, ma mâchoire se serra à tel point que je ne pouvais ouvrir la bouche ! »

Le curé, interloqué :

« En effet, le mal que vous me décrivez est bien étrange... »

Le curé, interrompu par une soudaine manifestation violente de la maladie, se leva tout aussi soudainement, se signa et dit bien malgré lui :

« VADE RETRO, SATANAS ! »

Puis, se reprenant, il sortit de sa besace un flaçon d'eau qu'il avait apporté pour l'extrême-onction et en aspergea Rekkared qui, coïncidence avec la fin de la crise, se calma. Le cûré, surpris, s'interrogea :

« Quelle est cette diablerie qui vous a fait agir ainsi !? Je crois devoir vous exorciser sur le champ ! »
_________________
Sources :
- Boyer Alexis, Boyer Baron, Traité des maladies chirurgicales qui se rencontrent le plus fréquemment dans la pratique usuelle, 1836, p. 220 (par book.google) ;
- Alexandre-Bidon Danièle, La mort au Moyen Age, XIIIe-XVIe s., 1998, p. 64.
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MessageSujet: Re: Opisthotonos   Mar 9 Juin - 12:38

[Saint-Antoine de Galamus, même jour]

Le curé procéda à l'exorcisme du malade. Il récita la Litanie des Saints en langue vernaculaire :

« Seigneur, ayez pitié.
Aristote, ayez pitié.
Christos, ayez pitié.
Aristote, écoutez-nous.
Aristote, exaucez-nous.
Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Vous toutes, saintes, priez.
Vous tous, saints vénérables, priez.
Vous tous, saints du Renouveau, priez.
Vous tous, saints anges et archanges, priez.
Vous tous qui prenez rang parmi les Esprits bienheureux, priez.
Vous tous, saints patriarches et prophètes, priez.
Vous tous, saints apôtres et évangélistes, priez.
Vous tous, saints disciples du Seigneur, priez.
Vous tous, saints Innocents, priez.
Vous tous, saints évêques et confesseurs, priez.
Vous tous, saints docteurs, priez.
Vous tous, saints prêtres et moines, priez.

De tout mal, libérez-nous, Seigneur.

Aristote, exaucez-nous.
Aristote, écoutez-nous.
Christos, ayez pitié.
Aristote, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié. »

A chaque énumération de catégorie de Saints, Rekkared répondait :

« Orate pro nobis [traduction : Priez pour nous]. »

Le curé récita l'Ode à la foi en langue vernaculaire :

« Grâce à la pensée et la création du Très-Haut,
Nous pouvons vivre sur ce monde.
Grâce à l'éducation du prophète Aristote,
Nous avons retrouvé la voie Divine.
Grâce à Christos montré en exemple.,
Nous savons de qui nous inspirer.

Tous les jours nous en sommes reconnaissants,
De vivre et prospérer pour Sa gloire.
Tous les jours nous en sommes reconnaissants,
de vivre dans la Foi et Sa lumière.

La Créature sans Nom,
Essaie de nous détourner.
La Créature sans Nom,
Veut qu'on s'égare de la voie divine.
La Créature sans Nom,
Nous trompe avec ses paroles.

Mais grâce à la raison,
Qui nous donne le pouvoir de résister.
Mais grâce à la Foi,
Qui nous aide à passer les tromperies.
Mais grâce à l'amour,
Que Dieu Créateur et Père nous inspire.

Nous savons nous défendre de la tentation et des péchés. »

Le curé ouvrit son Livre des Vertus pour citer un passage de la Première partie, Chapitre VIII intitulée La Décision :

« Dieu tourna Sa voix en direction de la créature qui avait affirmé la domination du fort sur le faible. Il lui dit : “Puisque tu es si sûre de ton choix, je te laisse l’occasion de le prouver. Tu conserveras ton esprit, mais ton corps sera fait d’ombre. Ainsi, tu vivras, seule, côtoyant les humains, jusqu’à ce que Je te délivre de ta peine. Ainsi, personne ne te verra et personne ne te nommera, car J’ai Moi-même décidé de ne pas le faire.” »

S'ensuivit l'adjuration à la divinité :

« Dieu dont le privilège est d'avoir toujours pitié et de toujours pardonner : recevez la prière que nous vous faisons, pour que votre bonté si miséricordieuse pardonne largement à Rekkared, votre serviteur, retenu dans les liens du péché.

Seigneur très Saint, Père Tout-puissant, Dieu Eternel, Père de Notre Seigneur Christos, qui avez rejeté aux feux de la géhenne ce Maître transfuge et apostat : vous qui avez envoyé en ce monde ce Fils, pour écraser cette Bête rugissante ; hâtez-vous, faites attention, empressez-vous d'arracher à la ruine et au démon de midi cette créature faite à votre image et ressemblance. Jetez, Seigneur, toutes vos terreurs sur cette bête féroce, qui veut ravager votre vigne. Donnez force et courage à vos serviteurs pour combattre cet abominable et maudit Dragon, de peur qu'il n'en vienne à mépriser ceux qui mettent en vous leur confiance. Que votre droite puissante le force à se retirer de votre serviteur Rekkared, et qu'il n'ait pas l'audace de retenir plus longtemps captif celui que vous avez daigné créer à votre image et que vous avez racheté par votre Fils.

Ainsi soit-il ! »

Puis le curé interrogea le démon :

« Je te commande, qui que tu sois, Esprit immonde, et je commande à tes compagnons, à vous tous qui obsédez ce serviteur de Dieu, que, par Aristote, Christos et par l'avènement de ce même Notre Seigneur qui se fera au jour du jugement, tu me dises ton nom, le jour et l'heure de ta sortie par un signe quelconque, et qu'à moi serviteur de Dieu, quoique indigne, tu obéisses à l'instant même en tout ce que je te commanderai ; enfin que tu ne puisses faire du tort en aucune manière à cette créature de Dieu, ou à ceux qui sont autour de nous, pas plus qu'à tout ce qui lui appartient. »

Le curé insista en citant le XIIIe Aphorisme tiré du Livre des Vertus :

« Il existe sept princes-démons : Asmodée s’était abandonné à la gourmandise, Azazel à la luxure, Belial à l’orgueil, Lucifer à l’acédie, Belzébuth à l’avarice, Léviathan à la colère et Satan à l’envie.

Lequel es-tu ? »

Un long silence suivi l'interrogation du démon quand soudain la porte s'ouvrit dans un grand fracas laissant entrer une grande bourrasque de vent. Tous sursautèrent ! Le curé cru mourir sur place, lorsqu'il reconnu la silhouette dans l'embrassure de la porte : c'était le notaire qui était enfin arrivé... Il s'excusa :

« Excusez-moi de vous avoir effrayés, mais avec le temps qui se couvre et le vent qui s'est levé, j'ai eu du mal à ouvrir cette porte. »

Cette soudaine entrée avait déclenché une nouvelle crise chez Rekkared [dans cette maladie, n'importe quel stimuli peut provoquer des spasmes] en émettant des râles ! Le curé s'approcha de la bouche de l'énergumène [personne possedée] et interpréta un nouveau râle comme une parole du démon :

« C'est Satan ! »

Et le curé, sans plus tarder, de prononcer l'exorcisme en latin :

« Crux Sancti Patri Benedicti, libera nos !
Vade Retro, Satanas !
Non Suade Mihi Vana.
Sunt Mala Quae Libas.
Ipse Venena Bibas !

Crux Sancta Sit Mihi Lux !
Non Draco Sit Mihi Dux !
Crux Sancti Patri Benedicti, libera me !

[Traduction française :
Croix de notre Père Saint-Benoît [patron des exorcistes], libère nous !
Arrière, Satan !
Sainte Croix sois ma Lumière !
Ne me persuade pas de tes vanités !
Ce que tu offres est mauvais.

Sainte Croix sois ma Lumière !
Démon, ne sois pas mon chef !
Croix de notre Père Saint-Benoît, libère-nous ! »

Les convulsions s'arrêtèrent nets - simple coïncidence encore -, mais le curé fut lui-même surpris par le résultat spectaculaire de son exorcisme. Mais comme deux précautions valent mieux qu'une, il donna à Rekkared une médaille bénite de Saint-Benoît...



... sur laquelle était gravée au revers les initiales de chacune des paroles d'exorcisme :

C.S.P.B. (Crux Sancti Patri Benedicti)
C.S.S.M.L. (Crux Sancta Sit Mihi Lux)
N.D.S.M.D (Non Draco Sit Mihi Dux)
V.R.S. (Vade Retro, Satana)
N.S.M.V. (Non Suade Mihi Vana)
S.M.Q.L. (Sunt Mala Quae Libas)
I.V.B. (Ipse Venena Bibas)


« Vous la garderez près de vous, elle contribuera à la sortie du démon. »

Le curé vit que le notaire s'impatientait. Il lui céda enfin la place. Le notaire demanda :

« Vous m'avez fait mandé pour que je vienne prendre note de votre testament. Avez-vous des témoins ? »

Rekkared fit un signe de tête pour désigner les deux autres personnes présentes :

« Et bien, ce jeune clerc et le curé. »

Fort de ces témoins improvisés, le notaire prit en note le testament de Rekkared qui ne serait révélé qu'après sa mort.
_________________
Sources :
- Boyer Alexis, Boyer Baron, Traité des maladies chirurgicales qui se rencontrent le plus fréquemment dans la pratique usuelle, 1836, p. 220 (par book.google) ;
- Alexandre-Bidon Danièle, La mort au Moyen Age, XIIIe-XVIe s., 1998, p. 64.
- http://rome.lesroyaumes.com/ ;
- http://rome.lesroyaumes.com/livre_des_vertus.pdf ;
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Exorcisme ;
- http://divineprovidence.e-monsite.com/rubrique,neuvaine-d-exorcisme,141555.html ;
- http://www.lespasseurs.com/Grand_exorcisme.htm ;
- http://pelerinages-en-france.fr/exorcisme.htm ;
- La Sainte Bible ou l'Ancien et le Nouveau Testament (par book.google).
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MessageSujet: Re: Opisthotonos   Jeu 11 Juin - 9:52

[Saint-Antoine de Galamus, même jour]

Peu de minutes après que le notaire eut prit en note le testament de Rekkared, ce dernier subit une nouvelle crise. Le curé se précipita à son chevet, lui fit serrer la médaille de Saint-Benoît dans sa main, et prononça une nouvelle prière d'exorcisme en latin :

« Crux Sancti Patri Benedicti, libera nos !
Vade Retro, Satanas !
Non Suade Mihi Vana.
Sunt Mala Quae Libas.
Ipse Venena Bibas !

Crux Sancta Sit Mihi Lux !
Non Draco Sit Mihi Dux !
Crux Sancti Patri Benedicti, libera me ! »

Le notaire prit congé du malade et des deux autres personnes présentes. Le curé jeta un regard au clerc, lui signifiant par là de les laisser seuls pour un moment. Mais Rekkared dit à Causit de rester. Il voulait que sa confession ne soit point privée. C'est ainsi qu'elle fut connue. Le Curé, ne voulant contrevenir aux volontés du malade, acquiesça, et procéda au sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation :

« Rekkared, vous repentez-vous devant Dieu, notre Seigneur, de vos pêchés ? »

Rekkared dit :

« Seigneur, je te demande pardon pour mes péchés. Je regrette de t'avoir fait de la peine. Aide-moi, je ne veux plus recommencer. »

Le curé continua :

« Aie pitié de lui Seigneur, aie pitié.

Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de nous, car pécheurs impuissants nous t'adressons cette supplication : ô Maître, aie pitié de nous.

Gloire au Père et aux Prophètes Aristote et Christos.

Seigneur, aie pitié de nous, car nous avons confiance en Toi, ne t'irrite pas contre nous, ne Te souviens pas de nos iniquités, mais dans ta tendresse, jette dès maintenant ton regard sur nous et délivre-nous de nos ennemis. Car tu es notre Dieu et nous sommes ton peuple, tous nous sommes l'œuvre de tes mains et nous invoquons ton nom.

Et maintenant et toujours et au siècle des siècles. Amen. Ouvre-nous la porte de ta miséricorde, Mère toute bénie de Dieu, afin qu'espérant en Toi, nous ne nous égarions pas, mais que par Toi nous soyons délivrés des malheurs, car tu es notre salut.

Seigneur Dieu, délie, remets, pardonne les péchés, les iniquités, les fautes volontaires et involontaires, conscientes et inconscientes, de négligence ou de désobéissance commises par ton serviteur Rekkared ici présent. Et si comme un homme chargé du poids de sa chair habitant le monde, il a été égaré par le démon, s'il a transgressé l'ordre d'un prêtre, s'il est tombé sous son propre anathème ou s'il s'est lié par serment ou imprécation, Toi-même, comme un Maître bon et sans ressentiment daigne absoudre d'un mot ton serviteur Rekkared ici présent, en lui pardonnant tout et son imprécation selon ta grande pitié. Oui, Maître et Seigneur, ami des hommes, écoute-nous qui prions ta bonté pour ton serviteur Rekkared que voici ; dans ta grande miséricorde, détourne les yeux de tous ses péchés et écarte de lui le châtiment éternel. Car Tu es seul sans péché et c'est à Toi que nous rendons gloire Père, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Amen. »

Puis, s'adressant à Rekkared :

« Mon enfant, le Seigneur est invisiblement présent pour recevoir votre confession ; n'ayez pas honte, ne craignez pas et ne me cachez rien. Mais sans réticence, dîtes tout ce que vous avez commis pour en recevoir le pardon de notre Seigneur. Si vous me cachez quelque chose, vous doublerez vos péché. Courage donc, vous êtes venu devant le médecin, prenez garde de retourner non guéri. »

Le curé entendit la confession de Rekkared :

« Seigneur, par Colère, ... [déglutition difficile] j'ai parlé de manière désobligeante à nombre de personnes et je les ai fâchés dans ma Colère ; par Colère, je les ai regardés d'un mauvais œil.
Seigneur, par Colère, j'ai poussé certains à jurer très laidement et à faire des serments très vilains. [déglutition difficile] J'ai provoqué la colère chez certains, les poussant à mal agir.
Seigneur, par Colère, j'ai bien souvent nourri des désirs de vengeance contre ceux que je haïssais. Depuis longtemps la haine m'habite, et je m'en repens.

Seigneur, par Paresse, j'ai manqué de diligence à m'acquitter de mes devoirs envers Dieu, ... [déglutition difficile] je n'ai retenu ni appliqué les paroles du Livre des Vertus.
Seigneur, par Paresse, je n'ai pas servi Dieu comme j'ai dû au regard de la grâce et de la force dont Il m'a gratifié.
Seigneur, par Paresse, j'ai renier le baptême d'Aristote pour embrasser le baptême Cathare... [déglutition difficile] Depuis longtemps l'hérésie me hante, et je m'en repens.

Je vous demande pardon et pénitence, cher père. »

Le curé eut un sursaut de surprise après la dernière confession ! Mais il se ravisa bien vite :

« Seigneur Dieu, salut de tes serviteurs, miséricordieux, généreux et longanime, qui regrette nos péchés, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive, Toi-même à présent aie pitié de ton serviteur Rekkared et donne-lui des sentiments de pénitence, le pardon de ses péchés et l'absolution, lui pardonnant tout péché volontaire et involontaire ; réconcilie-le et unis-le à ta sainte Eglise par Aristote et Christos nos Prophètes, avec qui te reviennent la puissance et la magnificence, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Amen. »

Le curé prononça enfin une prière d'absolution :

« Que notre Seigneur et Dieu, par sa grâce et son amour des hommes, vous pardonne mon enfant Rekkared tous vos péchés ; et moi, prêtre indigne, par son pouvoir qui m'est donné, je vous pardonne et je vous absous de tous vos péchés, au nom du Père et des Prophètes Aristote et Christos.

Amen. »

Rekkared ainsi soulagé de tous ses pêchés, eut encore quelques temps de répit avant de nouveaux assauts de la maladie.
Le curé retourna à ses ouailles tandis que le clerc ne cessa d'être au chevet de Rekkared toute la nuit durant.

_________________
Sources :
- Le Mesnagier de Paris, Le Livre de Poche, 1993.
paroles ;
- Alexandre-Bidon Danièle, La mort au Moyen Age, XIIIe-XVIe s., 1998, p. 64.
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MessageSujet: Re: Opisthotonos   Ven 12 Juin - 19:18

[Saint-Antoine de Galamus, 7e jour]

Le lundi [mercredi 10 juin 2009] une crise plus violente du malade réveilla le clerc :

« Que vous arrive-t-il !!? »

Rekkared ne put rien dire avant la fin de la crise :

« Les muscles postérieurs du cou et du tronc se contractent si fortement que ces parties sont courbées en arrière comme un arc ! [déglutition difficile]. Les bras, jusque-là, peu affectés, [déglutition difficile] participent à la raideur générale et deviennent immobiles, [déglutition difficile] exceptés les doigts qui conservent quelques mobilité. [déglutition difficile] La mâchoire fermée, la langue garde sa mobilité [déglutition difficile] et est affectée de spasmes qui la poussent violemment contre les dents. »

Encore une nouvelle longue journée à ce rythme...


[Saint-Antoine de Galamus, 8e jour]

Le mardi [jeudi 11 juin 2009] les crises s'enchaînent à n'en plus finir. Le clerc prit l'initiative d'aller quérir le curé afin qu'il donna à Rekkared l'extrême onction. Rien de pire que de mourir sans ce dernier sacrement. Quelques heures plus tard, le clerc et le curé étaient là, au chevet de Rekkared :

« Cher maître, voici le curé venu vous donner l'extrême-onction. »

Rekkared acquiesça d'un clignement de yeux.
Le clerc et le curé l'assirent dans son lit, le dos soutenu par de gros oreillers. Le curé lui présenta l'hostie, estampée d'une crucifixion, puis la lui donne en communion.

Enfin, le clerc lui joint les mains et le curé célèbre l'extrême-onction. Il fît court.

Le curé prit de l'huile de l'onction pour en appliquer en plusieurs points de son corps nu : sur la poitrine, entre les épaules, sur le sommet du crâne et sur les pieds. Puis il prononce cette prière :


« Rekkared, par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de son Esprit. »

Et Rekkared de répondre :

« Amen. »

Le curé enchaîna :

« Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu'il vous sauve et vous relève. »

Et Rekkared de répondre à nouveau :

« Amen. »

A cet instant Rekkared semblait effectivement se relever ! Le curé fît un mouvement en arrière, horrifié ! Mais ce n'était qu'une nouvelle manifestation de la maladie... Le curé, encore tremblant, ne resta guère plus longtemps, le calvaire du malade l'indisposant vraiment.


[Saint-Antoine de Galamus, 9e jour]

Le mercredi [vendredi 12 juin 2009], c'est la fin ! Les crises ne cessèrent de se succéder ! La maladie culminait à son plus haut degré !

Tous les mucles destinés aux mouvements volontaires furent affectés, entre autres, ceux de la face. Le front se rida, les yeux se révulsèrent, le nez se retroussa, les joues furent tirées en arrière vers les oreilles de manière à ce que les traits du visage éprouvèrent l'altération la plus profonde. Les spasmes travaillèrent tout le corps de Rekkared, puis survint une convulsion des plus violentes, qui comprima la poitrine, semblant occulter toute respiration ! Puis, plus rien... Le corps de Rekkared demeurait là, sans vie, dans une courbure bien étrange...




Rekkared n'était plus. Personne ne sut quel mal l'affecta. Peut-être qu'un éminent médecin aurait diagnostiqué l'Opithotonos, une forme particulière du Tétanos... Mais le résultat n'aurait-il été le même ?

Le clerc eut un sentiment mitigé : celui d'une délivrance pour Rekkared après tant de souffrance mêlé à celui d'une grande perte pour beaucoup.

Mais, rien ne servait de s'apitoyer maintenant. Après le grand passage, il fallait annoncer cette mort et procéder aux funérailles.

_________________
Sources :
- Boyer Alexis, Boyer Baron, Traité des maladies chirurgicales qui se rencontrent le plus fréquemment dans la pratique usuelle, 1836, p. 219 (par book.google) ;
- Alexandre-Bidon Danièle, La mort au Moyen Age, XIIIe-XVIe s., 1998, p. 83-85.
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