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 Le pélerinage de l'orpheline

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Maelie
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MessageSujet: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 10 Aoû - 18:31

Le cheval de jais avançait d'un pas tranquil, laissant paisiblement onduler la longue crinière qui retombaient en lourdes boucles, faisant haleter la bête sous la chaleur impitoyable du soleil du sud. Son pas était sûr, faisant rouler avec aisance les muscles tendus de ses pattes sous une peau satinée par la sueur, malgré les mains de plus en plus tremblantes qui tenaient ses rennes et lui tiraient parfois les comissures, malgré le poids étrangement placé de ce corps presque raide qui dansottait sur son dos puissant, malgré la lourdeur des fontes sur ses flancs. La jument secoua la tête, se rebiffant à nouveau contre cette involontaire maltraitance.

Perdon, meuna belesa.

Un murmure s'échappa des lèvres de la silhouette féminine qui la chevauchait, silhouette qui se força à se détendre un peu pour soulager la monture. Les yeux de la cavalière étaient dissimulés sous une crinière qui n'était pas sans rapeller celle du cheval, lourde, sombre aux reflets bleutés. Tête penchée en avant, ses lèvres s'agitaient en silence, murmurant d'impossibles prières ou d'étranges psaumes connus d'elle seule. Elle ne portait qu'une robe verte, coupée d'une ceinture dorée. Une robe simple, fonctionnelle, mais une ceinture trop belle pour ne pas trahir son statut, si la fière beauté de la jument n'avait pas déjà écarté les soupçons.

Il l'avait abandonnée...

Après avoir tout exigé d'elle, il était parti. Devait-elle l'attendre ? Devait-elle le chercher? Devait-elle quémander son attention ou profiter de cette liberté imprompture pour briser les serments et les promesses ? Allait-il la recevoir ou la rejeter ? Avait-elle encore une place dans sa vie ou n'était-elle que l'écho d'une vie dont il ne voulait plus ? Au final... avait-elle jamais existé ?
Ses pensées tournaient en rond dans son esprit rendu malade d'angoisse et de solitude. Etait-ce son tord de n'avoir pas eu le courage de venir plus tôt ? Etait-ce sa faute ? Oui, certainement... Il allait lui en vouloir de ce silence sans fin et de cet abandon.

Elle l'avait abandonné...

Les heures s'égrainaient et la menèrent jusqu'à destination. Là, devant les hautes pierres, elle leva enfin les yeux, portant son regard d'émeraude sur la bâtisse sans la voir vraiment, aveuglée par ses démons intérieurs. Puis elle baissa les yeux sur les gardes, les observant en silence pendant de longues minutes, figée comme une ombre mythologique, un centaure vert et noir, découpé sur le soleil de cette fin d'après-midi languedocienne, aux allures de décors d'une dramaturgie quelconque. La monture s'était arrêtée d'elle-même : les mains tremblantes de la jeune femme n'y auraient de toute façon rien pu faire.

Elle se laissa finalement glisser au bas de sa monture, avec une allure étrange de soldat, avant de s'avancer, tenant la bride de la jument en main.


Adissiatz, soi Maëlie de Lauzièrs. Soi vengut entà rescontrar lo Vescoms de Fenolhedés.

Son regard semblait tour à tour mort et angoissé, tandis qu'elle attendait, à nouveau figée.
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Cristòl
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Sam 22 Aoû - 1:52

La forteresse de Fenouillet, perchée au dessus du village, n'accueillait que peu de visiteurs, et son intérieur était sobre, à l'image du maître de maison. Assurément y sentait-on l'absence d'autorité féminine, pour mener la mesnie, et les gens du Vicomte parfois murmuraient que ça serait mieux, qu'ils aient une maîtresse. Mais ils ne murmuraient pas trop fort, et de préférence lorsque le Vicomte était de sortie.
La mesnie d'ailleurs n'était pas nombreuse. Cristòl n'avait pas besoin de beaucoup de gens, qui l'étoufferaient. Il était venu chercher la solitude. Il la trouverait.

Le garçon d'écurie que Maëlie trouva saisit la bride de sa monture et lui indiqua une porte, dans la forteresse : lui allait prendre soin de la sombre jument.

La porte était ouverte. On laissait circuler l'air, dans la bâtisse. Le maître aimait cela, et la température extérieure s'y prêtait. Parfois, cela permettait aux deux bonnes de nettoyer à grande eau le carreau...

Une jeune servante avisa Maëlie et la conduisit. Où était Cristòl ?
Il faisait sombre, dans la forteresse. On monta un escalier de pierre étroit, et l'on arriva dans une pièce grande comme une église, avec des fenêtres des deux côtés, certaines sans vitres : le château n'était pas encore entièrement rebâti.
Cristòl était assis sur le rebord de l'une, une jambe pendante, l'autre pied posé sur le rebord, genou saillant. Il regardait ses Fenouillèdes.
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Maelie
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Jeu 27 Aoû - 11:24

La jeune femme pénétra le château et suivi la servante, totalement aveugle à ce qui l'entourait tant son angoisse montait et menaçait de la priver de son emprise sur elle-même.

Lorsqu'elle l'apperçut enfin, Maëlie se figea, muette devant le tableau qui se présentait à elle. Il lui apparaissait auréolé des rayons d'or du soleil, à la fois souverain et humble, à fois si grand et si simple. Un doux sourire fleurit sur ses lèvres sans qu'elle ne s'en rende compte, sourire de tendre adoration tandis que ses yeux s'abreuvaient avec un appétit insasiable de cette vision tant attendue et tant crainte.

Cristòl.

Son coeur se dilata comme une fleur trop longtemps privée d'eau enfin baignée par la pluie salvatrice. Il était là, elle se sentait enfin à sa place, remplie de ce sentiment de bien-être qui nous envahissait lorsqu'après un long voyage on revoyait enfin les contours de sa maison, le visage de ses proches, lorsque l'on sentait dans l'air le parfum qui vous avait suivi dans votre nostalgique errance... Elle était enfin de retour, aussi étrange que cela paraissait, dans ce décors qu'elle ne connaissait pas et qu'elle découvrait pour la première fois.

Quelques secondes encore, elle profita de cette étrange magie, avant de s'avancer d'un pas. Sa voix s'éleva, tremblante...


Cristòl... Adissiatz.
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Cristòl
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Mer 2 Sep - 16:57

Cristòl pensait à Margot.

Cristòl pensait à son père.

Cristòl pensait à sa mère.

Cristòl pensait à son fils, à Meaux. Était-il né ? C'était un fils, à tous les coups. Cristòl n'imaginait même pas que ce pût être une fille. Un fils, Vincenç, c'est comme ça qu'il devait s'appeler. Le décompte des années, même, lui faisait défaut. Quel âge devait-il avoir,
lo pichòn ?

Cristòl pensait à la douceur des cuisses de cette jeunette, cette servante au nom si ironique : cette blonde Margot, substitut à la rousse. Elle avait les cuisses fermes et fraîches de sa jeunesse, les bras ronds et forts de qui porte la pâtée aux cochons et l'eau chaude aux bains du maître et de ses invités. Sous son bonnet blanc, des boucles d'or, des yeux aguicheurs et des lèvres au goût mêlé de sueur et de miel.
Cristòl se souvenait le creux de ses reins chauds et la cambrure de son dos. Il revenait de la guerre. Il avait tant de soucis... Et tant de sérénité. Il n'avait pas encore plongé dans les perversions du monde. Il suffisait de se battre au nom des idéaux de l'Hospital, sans questions, sans choix. Et quand tout était fini, prendre une servante, encore et encore, non par brutalité, mais au nom du plaisir, de la vie, de la volupté.

Cristòl regardait un troupeau de moutons passer sur la colline en face, petits points blancs escortés de deux autres points, minuscules. C'étaient les deux filles Astruc. Cristòl aimait leur père ; c'était un homme bien terrien mais clairvoyant et d'agréable compagnie, qui savait gérer son troupeau et son bien, tout humble qu'il fût.

Maëlie entra. Il n'avait pas entendu qu'on était arrivé au château.
Maëlie parla. Il n'avait pas entendu sa promise entrer.

Il ne tourna pas la tête. La voix, il l'avait reconnue. Là, il essayait de comprendre... De se faire à l'idée que tout allait reprendre, qu'il aurait à parler, à dire ce qu'il veut, à faire des concessions, des propositions, des promesses - qu'en savait-il ?
Il attendit quelques secondes. Dieu que c'est long, quelques secondes, pour qui attend ! Dieu que c'est court, quelques secondes, pour qui craint les choses à venir !

Cristòl laissa retomber ses jambes et dans le même mouvement, pivota pour se trouver dos à la fenêtre. Il avait choisi Maëlie pour expier les amours malheureuses qu'il avait vécues. Il avait choisi Maëlie pour assurer à sa place son avenir. Pour partir jusqu'au bout du monde, au plus haut des monts Pyrénées.
Mais Fenouillet, c'était déjà si loin du monde, si tranquille, si beau !


-« Dòna... Je ne vous attendais pas. »
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Maelie
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 7 Sep - 17:46

Maëlie baissa la tête, en ployant le genoux dans une révérence, comme pour encaisser le coup qu'elle venait de recevoir. Il avait dit "Dòna"...
Toute trace de joie, d'espoir, de soulagement... tout avait disparu, remplacé par le froid glacial qui lui tordait le ventre de plus en plus fort. Les doutes étaient en train de se cristaliser en certitudes, malgré toute l'énergie qu'elle mettait à le nier. Le tremblement de sa voix ne faiblissait pas.


Pardonnez mon impolitesse à me présenter ainsi à vous sans y avoir été conviée. Si ma présence vous indispose, je me retirerai jusqu'à ce que vous souhaitiez à nouveau me voir.
Mais je... Vous... je suis heureuse de vous revoir, Senhèr.


"Jusqu'à ce que"... Elle n'avait pas osé dire "si". Elle n'avait su s'adresser autrement à lui... Autrefois, elle se serait approchée avec enthousiasme, avec affection. Autrefois, elle lui aurait sourit, lui offrant sans réserve toute la chaleur et toute la tendresse dont son coeur débordait à sa vue. Autrefois elle lui aurait dit haut et fort combien il lui avait manqué, combien elle avait envie de briller à ses yeux, combien le reste du monde lui importait peu. Aujourd'hui, il était un parfait étranger, mais en avait-il jamais été autrement, hors de son imaginaire ? Il était son bourreau.

Maudite. Il représentait pour elle tout ce qu'il y avait eu de bon dans sa vie, son sauveur, son ancre, son but; et elle n'était pour lui qu'un poison, le lien avec une vie qu'il méprisait et qu'il voulait laisser derrière lui. Elle ne doutait plus, maintenant, qu'a travers elle, c'était tout cela qu'il avait rejeté et nié, alors qu'elle ne cherchait qu'à le rejoindre dans son havre de paix... Elle se sentait comme une pêcheresse devant qui les portes du paradis viendrait de se fermer.
Maudite...

Elle ne bougeait pas, inclinée, soumise à la volonté de celui qui l'avait faite. Allait-il la détromper, la sauver, lui redonner vie ? Ou allait-il l'achever comme elle s'y attendait ?
Ses doigts se crispèrent involontairement sur les plis de sa robe.
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Cristòl
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Mer 9 Sep - 18:22

Le jeune homme eut peur. Non d'elle, mais de sa réaction. Que faire ? L'angoisse le tenait éloigné ; l'affection le poussait en avant. Il s'approcha d'elle, et lui prit la main.

-« Restez. »

Ses yeux ne parvenaient pas à trouver ceux de Maëlie. Il n'y arrivait pas, et sa bouche était sèche.

-« Je suis heureux aussi... Mais... »

La main de Maëlie dans la sienne se faisait de plus en plus présente, parce qu'il la serrait de plus en plus fort, inconsciemment, ignorant que peut-être elle en ressentait quelque douleur.

-« J'ai peur de ce que votre venue signifie, pour moi. »

Comme il ne s'était jamais cru grand orateur, et certainement pas devant les femmes, il bégayait, ne savait par où prendre le problème. Il regarda ses deux mains serrant celle de la Dame de Lauzières, et relâcha la pression, rougissant. Un homme rougit, et d'aucunes trouvent cela charmant, et d'aucuns trouvent cela honteux.
Il l'attira - la tira ? - vers la fenêtre, et déglutit. C'était plus facile, de parler en regardant ses Fenouillèdes. Le troupeau d'Astruc s'était arrêté dans une pâture proche.


-« Quand je gardais des moutons, j'avais faim tous les jours. Mon linge était vieux et rapiécé. Je devais beaucoup aux représentants du roy d'Aragon qui venaient chercher l'impôt. Étais-je heureux ? Il m'est arrivé de regretter de n'avoir pas davantage. A peine plus, juste pour ne pas avoir faim.

Regardez-les... »


Les filles Astruc courraient, leurs jupons colorés au vent, chacune espérant arriver la première au pommier en haut du pré.

-« Je vis de rien, ici, sinon le minimum pour vivre comme eux tous. Je ne prélève presque rien, sinon ce qui m'est nécessaire. Les Fenouillèdes sont heureuses... Je veux rendre le monde heureux.

Je vous apprécie, je vous aime, comme on aime les amis chers. J'ai peur de vous perdre, comme on craint de perdre ses parents, comme on craint de perdre ses frères et sœurs, comme on craint de perdre ceux pour qui l'on espère compter. Je vous veux heureuse. »


Il s'égarait... Comment arriver à ce qu'il voulait dire ?

-« Vous venez ici, et il me plaît de vous voir. Mais votre venue rappelle aussi en moi la demande que je vous ai faite. Une demande impulsive... Peut-être parce que j'avais peur de vous perdre, comme je ne cessais de perdre les êtres les plus chers, autour de moi. Peut-être parce que je voulais voir un avenir rassurant, je voulais pour les Fenouillèdes une reine.

Mais ici, il me suffit de vivre comme un petit propriétaire terrien, avec juste le nécessaire pour nourrir et vêtir la mesnie, entretenir le château, et regarder, paisible, cette terre, pour être rassuré. Je ne sais pas quel sens je donnerais à notre mariage... En vérité, je suis plus doué pour briser mes engagements matrimoniaux que pour les honorer. Mais chaque fois, je le fais avec la conviction que celle qui m'était promise ne sera pas heureuse avec moi. Vous êtes la troisième, déjà... »


Il déglutit à nouveau, marqua un léger temps de pause. Les filles Astruc étaient assise par terre, et l'on devinait leurs rires et leurs dents blanches arrachant de larges pièces de pomme.
Cristòl alors se tourna vers celle qu'il avait faite Dame pour son dynamisme à tout épreuve. Il chercha ses yeux, résolu cette fois à ne pas défaillir.


-« Maëlie... Vous êtes une femme vivante, une femme battante, faite pour le monde, pour son agitation, pour sa vie fourmillante ! Empêchez-moi de vous enfermer dans un écrin qui correspond si mal à votre caractère... Mais conservez-moi votre amitié... S'il vous plaît... »
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Maelie
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Ven 16 Oct - 18:18

C'était un étrange manège, vraiment, que celui de son coeur. Elle avait presque l'impression d'observer les cavalcades et les pirouettes de son âme, détachée, tandis qu'une partie d'elle-même soupirait... expirait ? Elle l'ignorait. Cette impossible dychotomie se poursuivait, comme si quelque part quelqu'un avait eu assez pitié d'elle pour lui offrir ce rempart.

Le contact de leurs mains l'électrisa, faisant courrir un frisson le long de son bras. Mais elle n'eut pas l'occasion d'y songer que déjà, il l'attirait vers la fenêtre, vers son perchoir, évitant son regard avec la même application qu'il avait mise à le chercher, une autre fois, un autre jour... dans une autre vie. Et elle écouta.

Chaque mot, chaque intonation de sa voix était un poignard qui venait se ficher dans ses chairs et la vider un peu plus de sa substance. Mensonges. Mensonges et artifices. Tout cela n'avait-il été que le fruit d'un caprice ?
Elle sentit, comme un écho lointain, ses muscles se tendre et son corps commencer à trembler. Etait-ce de la colère ou du désespoir ? Ses paupières, lourdes, s'abaissaient sur ses yeux aggrandis par l'effort qu'elle - laquelle ? - faisait pour contenir le flot d'émotions qui menaçait de noyer sa raison. Son regard explorait la campagne qu'il lui racontait, tombant sur les silhouettes de deux jeunes femmes lancées dans une course, leurs jupes étendues derrière elles comme des bannières colorées. La partie d'elle qui observait le spectacle se souvint qu'un jour, elle avait été l'une d'elles, elle aussi. Etait-ce donc si loin ? Combien de temps? Seulement une année... Une petite année. Une vie.

- Comme c'est injuste ! hurlait l'autre partie, celle qui se débattait, qui buvait la tasse. Comme c'est injuste qu'il m'abandonne pour cette vie, alors que j'ai abandonné cette vie pour le suivre !
- Il ne m'a rien imposé, j'ai choisi de le suvire...
- Injuste !

Cristol avait reprit la parole, et elle se força à l'écouter, encore. Elle savait parfaitement où tout cela la mènerait, bien évidemment... n'était-elle pas venue pour s'en assurer, telle une soldate venue faire son rapport en attendant la sanction ?

Ah... C'était peut-être bien ça.

Plus il parlait et plus elle voulait le prier, le supplier de se taire. Elle ? Une femme vivante ? Alors qu'elle était dévorée de l'intérieur par la solitude et la peur de lui avoir fait défaut ? Alors qu'elle était vidée de tous ses buts, de tous ses repères ?

Elle eut soudain envie de hurler, une envie soudaine, brutale, animale qu'elle retint au tout dernier moment, la bouche déjà grande ouverte, le son étouffé par une dernière parcelle de lucidité.

Elle fit un pas en arrière : c'était à elle maintenant de fuir son regard. Le silence s'était installé entre eux, les éloignant plus surement encore que la distance physique qu'elle venait de mettre entre eux.


L'été dernier, je courrais dans les champs de mon village, derrière la ferme de mes parents. J'aimais jouer dans les blés lorsqu'ils étaient hauts, j'avais l'impression de pouvoir m'y cacher, m'y creuser un nid à l'abri du monde où je pouvais réinventer ma vie. J'adorais la compagnie tranquille des vaches...

Un pâle sourire vint effleurer ses lèvres.
L'une ou l'autre venait invariablement brouter une mèche de mes cheveux si je m'endormais trop longtemps dans leur pré.

Elle s'interrompit, revivant ces instants comme si le reste n'avait jamais existé.

J'aimais cette vie-là. J'adorais mes parents...adoptifs. Et c'est pour cette vie, pour eux, que j'ai quitté la ville : je voulais le meilleur pour ceux que j'aimais et j'avais l'ambition de revenir un jour prendre leur suite, et terminer ma vie paisiblement là-bas. Je ne suis qu'une simple fille de ferme, vous savez ?

On avait l'impression qu'elle ne s'adressait pas vraiment à Cristòl, mais qu'elle le prenait simplement à témoin de ses souvenirs.

Je suis allée en ville, ce que j'y ai trouvé m'a éblouie et effrayée... Tant de personnes si importantes, tant de choses cruciales, complexes, tant de sujets vitaux ! Et moi, pauvre paysanne qui venait chercher le bonheur des miens...

Elle secoua la tête, avec dérision, les yeux dans le vague.

Et puis, vous m'avez trouvée. Vous avez pris une jeune paysanne naïve et spontanée, et vous en avez fait une dame du Languedoc. Tout ce que j'ai fait, depuis ce jour, je l'ai fait pour vous, pour mériter le regard que vous aviez un jour posé sur mon pauvre sort. Tout ce que je suis, je le suis par amour de vous. Vous m'avez attaché à votre personne plus surement qu'aucun serment n'aurait pu le faire.

Une larme solitaire glissa sur ses joues, pourtant le regard qu'elle planta dans celui de Cristòl n'hésitait pas. Il n'était plus temps d'hésiter.

Je savais que vous ne m'épouseriez pas par amour, mais j'avais l'espoir, peut-être, d'appaiser vos tourments et de participer un peu à votre bonheur. Je voulais...

Sa voix se brisa : malgré le sang froid dont elle semblait faire preuve, quelque chose était en train de se briser, d'éclater.

Je veux juste être à vos côtés et peut-être, si le Très-Haut m'eut pris en pitié, peut-être aurais-je appris à vous rendre heureux. Je suis bien misérable et bien égoïste, voyez-vous ? Je ne suis pas cette femme que vous décrivez, et peut-être au fond savais-je déjà que tout ceci n'était qu'un joli rêve. Pourtant... Pourtant j'y ai cru. Je voulais trouver ma place à vos yeux, cesser de n'être qu'une ombre. Peut-être ai-je rêvé au dessus de mes moyens. Ai-je jamais été digne de marcher à vos côtés ?

Vous pensez que ce mariage était une cage dorée, n'est-ce pas ? Ah, Cristòl, ce n'est pas ce mariage qui m'empoisonne !


Sa voix s'était faite tout à coup presque passionnée, puis soudain elle se tut, comme brisée dans son élan, le silence se réinstalla, et son regard se fit à nouveau fuyant. Elle fit un nouveau pas en arrière.

Non... au contraire, je crois que... c'était la seule chose qui m'eut sauvée...

Cette fois les larmes coulèrent en abondance, tandis que son corps, secoué de sanglots, s'affaissa brusquement au sol. Elle se sentait soudain glacée d'horreur, terrorrisée.
Qu'avait-elle fait ?..
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Cristòl
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 9 Nov - 0:19

Et moi, ai-je jamais été digne de qui que ce soit ? Il accusa les multiples coups au coeur qu'elle lui portait, en lui disant combien il comptait pour elle - il apprenait quel boulet il lui serait, dans les temps à venir.
Elle s'effondra, et le cœur de Cristòl s'était durci. Sa voix, lointaine, étrange, répondit enfin. Les deux mains posées sur le rebord de la fenêtre, il ne voulait plus regarder ce qu'il avait fait... le désastre.


-« Relevez vous Donà. Ce n'est pas la peine de vous mettre en de tels transports. La mort d'illusions n'est que cela. Vous êtes jeune encore et oublierez bien vite cette erreur, cet accident de la vie. Ne vous enfermez pas dans votre déception du moment. Après l'hiver vient le printemps et la nature que l'on croyait défunte quand on en foulait les derniers vestiges au crépuscule de l'automne froidureux, renaît triomphante plus vivace et joyeuse que jamais. Les jours sombres ne sont alors plus qu'un lointain souvenir.

Ainsi en sera-t-il en de vous. Votre jeunesse, votre enthousiasme, cet appétit de vivre que je vous ai toujours envié, quoi que vous le niez, triomphera de votre détresse présente. Allez de l'avant, ne pensez au passé que pour le chérir mais sans le regretter. La vie n'est si longue que l'on doive la parcourir le regard sans cesse derrière son épaule. »


Ainsi en serait-il de lui également. Apprendre de ses erreurs pour ne plus souffrir, ne plus faire souffrir. Et cesser de croire aux chimères que son cœur avait par trois fois imaginées. Il est des hommes faits pour avancer seuls. La leçon était amère et le constat, douloureux, mais en un certain sens il se sentait soulagé. Soulagé de ces vaines aspirations, il pourrait avancer. Ou du moins il s'efforcerait d'avancer sur le chemin que la destinée lui avait tracé.

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Comte de Gévaudan, Baron d'Alaigne, Seigneur de Mireval
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Maelie
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Jeu 26 Nov - 17:48

Face à ces mots, d'une cruauté que Cristòl ne semblait pas mesurer, Maëlie ne put retenir un hoquet.
Non seulement il rompait leurs fiancailles en l'écartant, elle et ses états d'âmes comme une vulgaire chemise devenue trop étroite, mais en plus voilà que l'écroulement des fondaisons même de la vie qu'elle menait était réduits à l'état de simple déception. N'eut-elle eut le courage désespéré de venir le voir, peut-être ne l'aurait-elle même plus revu, peut-être l'aurait-il simplement rangée dans les souvenirs désagréables qu'on ne souhaite plus rappeler à sa mémoire. Plus encore que les mots, ce fut l'attitude qui acheva de la persuader : Cristòl était mort pour elle; ou peut-être l'était-elle pour lui, elle ne savait. Il lui était tout simplement impossible de concevoir que celui qui lui avait tant appris et donné, celui en qui elle plaçait une foi absolue, celui qui incarnait à ses yeux toutes les valeurs d'une noblesse d'âme à laquelle elle aspirait... son parrain, son mentor, son fiancé... il était impossible qu'il fut cet homme qui brisait et repoussait d'une chiquenaude tranquille celle qu'il avait faite.

Mort. Il n'y avait pas d'autres explications...

Elle se releva en silence, le visage inondé de larmes qu'elle ne pouvait plus retenir, le regard écarquillé dans le vague pour ne pas voir, pour ne plus le voir. D'un bloc, elle se détourna, puis enfin, comme une statue revenue à la vie, elle se dirigea vers la sortie.
Un pas, puis deux.
Dans sa tête grondait une nouvelle tempête, déracinant toutes ses convictions : à quoi bon continuer? A quoi bon les titres, les responsabilités ? A quoi bon les combats qu'elle avait mené jusqu'ici ? A quoi bon l'amitié et l'amour ? A quoi bon la confiance ? A quoi bon... ? Plus rien n'avait de sens.
Encore un pas, elle y était presque.
Orpheline elle était, orpheline elle demeurait : venue trouver sa place auprès de celui qu'elle avait enfin accepter d'aimer, Maëlie devait désormais affronter la vacuité et l'inutilité de son existence, sans plus de but, sans plus d'honneur... sans plus de coeur.

Soudain, comme une marionnette aux fils capricieux, la jeune femme s'effondra sans connaissance.


(HRP : désolée pour le temps de réponse.
Je ne voudrais pas m'imposer plus que nécessaire. Si tu ne souhaites pas continuer, il suffit de faire renvoyer Maëlie chez elle par les gens de Fenouillèdes.)
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Cristòl
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Dim 29 Nov - 4:32

Posa-t-il un regard sur cette inanité ? Sentit-il ce qu'il avait fait ? Sans doute, sans même voir, savait-il. C'était inévitable. C'était une femme, et on leur pardonne assez bien d'avoir des nerfs capricieux. Avec le temps, elles les perdaient, et devenaient d'altières aïeules dans leur fauteuil près de l'âtre, imperturbables.

Maëlie gisait au sol, et Cristòl serra le poing, et regarda à la fenêtre, cherchant les sœurs Astruc. Le château était à pic, ou peu s'en fallait. Il ne pouvait laisser la dame de Lauzières ainsi.


-« Bermon ! »

Il appela une fois, et une deuxième, et l'homme vint, musculeux et obéissant.

-« Emmène-la dans la chambre qui a des tapis, pose-la sur le lit. Tant pis s'il n'est pas fait... » Aucun lit n'était fait au château. Il manquait même encore une partie du toit à la bâtisse, alors apprêter des lits était le dernier souci de la mesnie réduite des Fenouillèdes.

-« Et préviens Maria, qu'elle la veille et lui offre, si elle réclame, de l'eau et des fruits et du pain. Qu'elle ne sorte pas tant qu'il n'est pas sûr qu'elle est assez reposée, et l'esprit assez clair, pour chevaucher et savoir où elle va. »

Le Chevalier des Pyrénées débitait les ordres, avec beaucoup d'amertume et de regret dans la bouche, comme un goût de cendres de tout ce qui était mort. Car il n'aimait pas blesser ceux qui l'aimaient, et il savait qu'il venait de le faire. Il n'en avait aucune fierté, et même l'envie de fuir.

-« Je vais sortir. Si elle me demande, dis-lui que je ne suis pas là, que je suis parti en voyage. Je vais à Quéribus, je dois m'occuper du château, on dit qu'il va mal. Ne lui dites pas où je suis. Ne dites pas quand je rentre. Gardez-la autant qu'il faudra... Je rentrerai plus tard. »

Il prit quelques affaires, un peu de parchemin et d'encre, sa flûte de bois, et aux écuries tira le factotum pour avoir un peu de compagnie en chemin.

Il avait de quoi s'occuper pour plusieurs jours. Il aurait rebâti Quéribus à la sueur de son front, plutôt que rentrer avant que Maëlie ne fût repartie. C'était le côté lâche qu'il y avait en lui, et qui ainsi parfois se montrait.

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Maelie
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Dim 29 Nov - 17:53

Il lui fallut une bonne journée pour que ses nerfs consentissent enfin à la laisser échapper à ce sommeil qui n'en était pas. A la lueur du jour qui se levait à nouveau, la jeune femme entrouvrit les yeux pour découvrir un décors étrange et étranger. Se redressant doucement, elle observa la pièce ornée de quelques tapis sur lesquelles son regard perdu s'attarda un instant.
Puis, sans pitié, son esprit revint sur l'instant qui avait précédé son trou noir, remuant ses entrailles au point de lui donner la nausée. Il fallait qu'elle sorte, il fallait qu'elle parte. Vite.

A la lumière du jour, ses traits déjà pâles et tirés par une angoisse de plusieurs semaines faisaient maintenant pitié : ce sommeil n'avait pas du tout été réparateur, cristallisant plutôt sa détresse comme une maladie qui la rongeait de l'intérieur et minait ses forces de plus en plus. Ses yeux verts, éteints et hagards, cherchaient un repère dans la pièce, un baquet d'eau peut-être pour au moins faire bonne figure lorsqu'elle repartirait; ou peut-être un fruit, car déjà son estomac, sans aucun respect pour son désespoir, manifestait son mécontentement. Depuis quand n'avait-elle plus mangé ? Elle secoua la tête pour chasser cette idée, aussitôt assaillie par une puissante migraine : les pleurs et les chutes n'étaient pas des plus bénéfiques.

Assise sur le lit, Maëlie tourna la tête vers la lumière du soleil qui perçait au travers d'une fenêtre, repassant inlassablement ses souvenirs dans sa tête, comme on joue avec une plaie ouverte pour en mesurer la gravité ou pour en goûter la douleur, comme une preuve que l'on était encore assez vivant pour la ressentir. Plus la voix de Cristòl résonnait dans sa tête, plus l'urgence de son départ paraissait pressante. Elle se sentait comme engourdie, incapable de pleurer encore, juste mue par ce besoin croissant. Elle devait partir. Vite.

Elle se redressa, sortant de sa torpeur par un effort de volonté dont elle ne se savait pas capable, elle se dirigea vers la porte pour l'entrebailler.


Il y a quelqu'un ?

Sa voix n'était qu'un murmure mais il tonnait comme un croassement mauvais à ses oreilles. Sans attendre d'avantage, elle s'engagea dans les couloirs à la recherche d'un éventuel domestique.
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 30 Nov - 13:33

Maria, cette jeunette qui préparait l'eau chaude des bains de Cristòl, et qui avait en charge encore bien des affaires dans cette maison, sous la direction d'une femme plus âgée et de tempérament sage et bon, accourut sitôt qu'elle entendit la jeune femme appeler.

Le château était grand, mais elle était tout proche, car elle appliquait bien les consignes qu'elle avait reçues, de veiller la dame de Lauzières le temps qu'il faudrait.

Elle posa sa main sur le bras de Maëlie, passant l'autre derrière ses épaules, et en occitan rural, croyant bien faire, dit :


-« Venez, dame, je vous reconduis à la chambre, asseyez-vous, vous êtes faible encore. Il faut prendre des forces ! Il y a sur la malle près du lit un compotier, avec quelques biscuits, des fruits, et une cruche d'eau. Vous n'avez pas vu, peut-être. Après, vous pourrez vous lever. »
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 30 Nov - 14:49

En toute autre circonstance, Maëlie aurait pu éclater de rire. Etrangement, même si le rire était encore trop profondément enfoui sous les couches de tristesse qu'elle se plaisait à entretenir, Maëlie ressentit un bref soulagement devant l'attitude et les propos de l'inconnue : elle lui rappelait sa mère par bien des côtés, même si elle était plus jeune, et Maëlie n'eut pas le coeur de rabrouer cette femme si maternelle avec elle. Et, malgré sa fierté malmenée, il fallait admettre qu'elle n'en menait pas large, tandis que son estomac réagissait bruyamment à la mention de la compotée. Elle se laissa donc sagement raccompagner tout en l'interrogeant, sans brutalité mais sans grand ménagement non plus.

Qui êtes-vous ?
Pouvez-vous m'apporter de quoi écrire ? Il faut que je rédige un courrier urgent, mes gens vont s'inquiéter.


Puis, alors que la femme la faisait rentrer à nouveau dans la chambre, elle ajouta.

Il faut que j'aille voir ma monture...

Cette pensée subite et farfelue avait traversé son esprit troublé comme une évidence : il fallait qu'elle trouve un moyen de localiser les écuries. Quelles que soient les intentions de l'inconnue, Maëlie ne se laisserait pas enfermer si facilement : il fallait qu'elle trouve un moyen de fuire vite.
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 30 Nov - 15:03

La jeune Maria, qui portait un bonnet blanc sur ses mèches couleur châtaigne, hocha la tête. Son maître avait parfois ce genre de besoins impérieux. Elle s'étonna seulement de ce que les gens de la dame de Lauzières sussent lire, et c'était un étonnement tout positif et admiratif.
Alors qu'elle invitait Maëlie à s'asseoir sur le lit, et lui présentait le compotier, elle répondit point par point :


-« Soi Maria, filha d'Agulin Gaujac lò Faure, e de Loìsa Astruc, lavandièra a Sant-Pau de Fenolhet. Je sers le Vicomte, qui m'a demandé de prendre soin de vous. Restez là, mangez, je vais vous apporter du parchemin, de l'encre, une plume. » Ce disant, elle lui tendit un gobelet qu'elle venait de remplir d'eau, et se leva. Dans les affaires du vicomte, elle trouverait ce qu'elle cherchait.

-« Mangez bien, il vous faut des forces. Ensuite vous pourrez aller où vous voulez dans le château, je vous montrerai les écuries. Les hommes se sont bien occupés de votre jument. »

Un dernier regard pour vérifier que la jeune dame reprenait des couleurs, et Maria sortit.
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Lun 30 Nov - 17:59

Maëlie avait noté l'étonnement sur les traits de la jeune servante, mais préféra ne pas y réagir : l'essentiel était qu'elle accepte ce prétexte et lui confie de quoi écrire, le reste irait tout seul.
Elle fut cependant surprise de la facilité avec laquelle la servante lui accorda de visiter les écuries. Tandis qu'elle sortait pour lui chercher ce qu'elle avait demandé, Maëlie se gourmanda : elle avait vraiment perdu l'esprit. Qui donc la retiendrait contre son gré là où elle n'était pas bienvenue ? Elle n'avait eu de cesse que de noircir le tableau depuis son réveil, il fallait qu'elle se reprenne. Ca et là, les souvenirs revenaient, frais, précis, percutants, perçants.

Elle prit une gorgée d'eau puis une bouchée de compotée, qui lui parût divinement délicieuse. Sans plus attendre, elle se goinfra à l'envie, en attendant que la servante revienne.
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Mar 1 Déc - 2:49

La jeune Maria revint aussi vite qu'elle l'avait pu, à travers les couloirs et escaliers du château, vers la pièce où le Vicomte se retirait quand il griffonnait.
Au travers des papiers écrits de ci de là, papiers de mauvaise qualité pour des brouillons et des réflexions, elle trouva deux morceaux de parchemin sur de petits rotulus, de taille correcte et dont les écritures avaient été grattées. Elle prit aussi de l'encre, une plume, le couteau qui servait à la tailler, et rapporta tout cela à la dame de Lauzières.


-« Dòna, vous allez mieux ? »
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Mar 1 Déc - 11:04

Maëlie s'interrompit pour fixer la jeune servante, battant des paupières comme si elle l'appercevait pour la première fois.
Allait-elle mieux ?
Non, probablement non. Quelque soit la facilité avec laquelle son hôte avait traité sa venue, elle-même ne pouvait se résoudre à cette cruelle conclusion. C'était pour ça que son esprit, avec la facilité de l'habitude, avait rejeté les faits aussi totalement et complètement que s'ils eut été un mauvais rêve dont elle n'arrivait pas à se défaire : son attitude n'était qu'une comédie qu'elle endossait d'autant plus volontiers qu'elle ne connaissait aucun autre rempart à ce qui lui arrivait.
Physiquement, elle paraissait toujours aussi usée, même si le fait de manger avait rendu quelques pâles couleurs à ses joues; ses yeux verts demeuraient éteints, fades dans son visage devenu anguleux au fil des jours. Il était à craindre que si on esprit fuyait la réalité, son corps, lui, ne lui laisserait pas ce répis.
Elle repoussa le compotier, l'appétit soudain envolé. Avec un sourire poli, à peine esquissé, elle remercia Maria en omettant prudemment de répondre à sa question.


Merci, posez donc ceci, cela attendra que vous m'ayez montré les écuries, mestra Maria.
Je n'ai pas été très courtoise avec vous, et je vous présente mes excuses. Je m'appelle Maëlie, et je vous remercie des soins que vous m'apportez.


Sa voix était encore un peu rauque, mais retrouvait déjà un semblant de normalité. Maëlie s'était redressée pour se diriger vers la porte.

Me conduirez-vous ?
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Jeu 3 Déc - 12:46

La bonne jeunette se défendit de s'être sentie insultée, tout en posant le compotier à l'écart. Non, non, assura-t-elle, il n'y avait rien de mal, c'était normal, dans son état, que la jeune dame n'eût pas pensé à tout.

-« Bermon m'a dit votre nom, il est très joli ! Je ne l'avais jamais entendu. Par quoi voulez-vous commencer la visite ? »

Elle tendit son bras à Maëlie, pour qu'elle s'y appuyât. Cela lui faisait penser à sa grand-mère, qui l'avait quittée, quelques années plus tôt, et qu'elle avait soignée quand sa mère était au lavoir.
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MessageSujet: Re: Le pélerinage de l'orpheline   Ven 4 Déc - 19:43

Rêveuse, Maëlie se laissa conduire, une main légèrement - enfin, elle l'espérait - posée sur le bras offert, forçant son esprit à ne pas se concentrer sur les lieux qu'elle traversait. Elle ne se rappelait que trop bien qu'elle était venue pour en faire son foyer et refuge, et qu'elle en partirait comme une étrangère malvenue, une fiancée abandonnée. Baissant les yeux, elle se contenta d'observer ses pieds.
Il fallait qu'elle songe à autre chose.


Par les écuries, s'il-vous-plaît.
Ainsi, vous êtes là depuis longtemps ? Avez-vous croisé un certain Gauderic qui n'était pas d'ici ?


Elle releva finalement la tête, se rappelant son projet de situer clairement les écuries, chose qui serait difficile en observant le sol. Elle pria avec ferveur que les écuries ne soient pas trop loin.
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