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 Une curieuse justice

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MessageSujet: Une curieuse justice   Ven 16 Jan - 22:36

Une curieuse justice


Le maître-queue du donjon de Vinassan vint à Narbonne pour acheter au marché hebdomadaire des produits exotiques. Il en profita pour trouver un écrivain public. Il lui dicta son message que l'écrivain reformula en ces termes :

Citation :
Nous Felip Gaudenç, maître-queue au donjon de Saint-Félix,

à vous, Cristòl de Síarr, vicomte de Fenouilllèdes et baron de Saint-Félix,

salut.

Nous venons auprès de votre grandeur afin de vous faire part de notre inquiétude, car, il y a quelques jours, une exécution publique s'est déroulée en place du village de Vinassan : les animaux domestiques cotoyent les hommes et un enfant de Joan Fons, encore au berceau, fut dévoré par une de ses truies. Ladite truie de Joan Fons fut engeôlée, jugée et condamnée à être pendue à un arbre par le cou jusqu'à ce que mort s'en suive. L'exécution se fit sur la place publique de Vinassan, en présence de tout les habitants du village. L'Intendant y présidait à cheval, un plumet sur son chapeau et le poing sur le côté. Pour comble d'horreur, le père de la victime fut tenu d'assister à cette exécution. L'intendant voulait le punir pour n'avoir pas surveillé son enfant. Quand l'animal fut amené sur le lieu du supplice, il était revêtu de vêtements d'hommes : une veste, des hauts-de-chausse et des gants. Le bourrel lui appliqua sur la tête un masque représentant une figure humaine, et l'animal fut pendu, puis servit de pitance aux chiens de l'Intendant.

De plus ledit Joan Fons a dû couvrir les frais qui suivent :

Pour la dépense faite pour la truie engeôlée, six écus ;
Item, au bourrel, qui vint de Narbonne faire ladite exécution par le commandement et ordonnance de notre dit Intendant, cinquante-quatre écus ;
Item, pour la voiture qui mena la truie à la justice, six écus ;
Item, pour les cordes à la lier et hâler, deux écus huit deniers ;
Item, pour les gants, deux deniers.

Une fortune pour ce pauvre homme !

Sous le règne de votre père, nulle condamnation de ce genre ne fût prononcée, non que la coutume l'interdise en d'autres lieux, mais d'une part, le paysan Joan Fons a été, à notre goût, triplement victime : perte de son fils, de sa truie, de ses deniers, et d'autre part surtout, notre ancien seigneur ne disposait que d'une moyenne justice qui ne lui permettait point de telles condamnations.

Notre inquiétude réside dans le fait qu'une telle condamnation envers une créature de Dieu ne fasse jurisprudence. Ainsi, si notre intendant se permet de condamner à la peine capitale une truie, qui l'empêchera un jour de condamner un homme.

Le maître-queue a dicté,
L'écrivain public a écrit,

Date en une auberge de Narbonne, le vendredi XIVe jour de janvier de l'an MCDLVII [mercredi 14 janvier 2009].
Il fît envoyer ce pli au château de Saint-Pierre, dans le vicomté de Fenouillèdes, à l'adresse dudit vicomte de Fenouillèdes et baron de Saint-Félix.
_________________
Sources :
- AGNEL Emile, Curiosités judiciaires et historiques du Moyen Age : procès contre les animaux, Paris, J. B. Moulin, Libraire, Quai des Grands-Augustins, 13 -1858 ;
- http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54808x ;
- http://www.biblionum.org/rub.php?sid=11 ;
- http://blog.dalloz.fr/blogdalloz/2007/02/coupable_comme_.html ;
- http://www.darmaisin.com/?p=222.
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Cristòl
Baron de Saint-Félix
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MessageSujet: Re: Une curieuse justice   Mar 27 Jan - 4:41

Il fallut plusieurs jours au pli pour parvenir à Saint-Pierre, et plusieurs encore pour en revenir, acheminé par un convoi de marchands de retour de la péninsule ibérique. Car à Saint-Pierre, l'on avait, devant l'urgence manifeste du pli, convenu qu'il serait bon que le Seigneur en connût au plus tôt le contenu, et le Seigneur se trouvait en Montpellier, descendu à une auberge depuis désormais six semaines. Il aurait pu jouir d'un appartement de fonctions au château, mais il avait eu la délicatesse de le laisser à sa promise, qui l'avait rejoint en Montpellier, et dont il craignait que l'on ne médît s'il ne prenait point respectueuses distances d'avec elle lorsque venait à poindre la nuit.

Ayant pris connaissance du pli de ce maître-queue qu'il se plaisait à visiter lorsqu'il avait encore la chance de n'être pas accablé par le poids de la couronne baronniale, pour goûter les mets qu'il préparait, souvent simples, car l'ascétisme était une saine pratique qui se retrouvait tout à la fois chez le père gyrovague et chez cet ancien pâtre qu'était le fils, ayant donc pris connaissance du pli du maître-queue, il le bénit en son for intérieur, et maudit Delfin Blausac.

Il répondit au pli en ces mots :


Citation :
A vous, Felip Gaudenç, maître-queue au donjon de Saint-Félix,

Salut.

Vous nous pardonnerez, nous l'espérons, de ne point préciser qui nous sommes : nous répondons au courrier que vous avez fait écrire, & espérons qu'il se trouvera quelqu'un pour vous le lire, qui pût être dans la confidence.
Comprenez qu'après les faits que vous nous avez décrit, nous nous attachions à la plus grande prudence, prudence qui vous gardera de toutes représailles. Si l'on en est en Saint-Félix à rendre la justice en l'absence du Seigneur, & une justice qu'il désapprouverait, tout cela en se donnant des airs, alors on n'hésitera pas à châtier ceux qui en informent le monde.

Soyez assuré de notre ferme condamnation à l'égard de tels actes. Écrivez nous les autres changements opérés depuis tout le temps où nous n'avons été à Saint-Félix, & n'ayez de scrupules à retenir vos mots, puisque vous semblez pouvoir à loisir aller à la bonne ville de Narbonne ; mais gardez-vous d'y trop aller si votre office ne vous le commande pas, car il suffira d'un soupçon pour vous faire des ennemis de ces gens qui usurpent l'autorité du Seigneur - & c'est peine de constater que le peuple n'a point déjà grondé contre ce fait.

Surtout ne prenez pas de risques. Sous trois semaines au plus tard, nous serons là ; s'il vous prend avant cette date de craindre pour les vôtres, ou s'il se trouve des habitants du bourg ou du donjon à craindre pareillement, nous joignons à la présente cinquante écus de bon aloi, sur lesquels vous organiserez par devers l'Intendant félon la fuite de ces gens vers les Fenouillèdes, s'il ne sont trop nombreux. Conservez-en vingt que vous donnerez à Joan Fons. Cela ne compensera point sa perte, mais l'atténuera.
Nous ne pouvons plus pour l'heure, mais nous activerons bien vite à faire que cela cesse.

Qu'Aristote veille sur vous.

Daté en une auberge de Montpelhièr, le XVIème jour de janvier de l'an MCDLVII. [lundi 26 janvier 2009]
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